LE CULTE DU NÉANT

2007
Huile sur toile
170 x 206,5 cm

LE CULTE DU NÉANT pAr jean pronovost

Rappelant une œuvre de Jérôme Bosch, cette peinture monumentale nous présente une scène urbaine qui contient une allégorie de notre mode de vie contemporain. Par son symbolisme fantastique, ses couleurs vibrantes et sa symbiose harmonieuse de réalité et d’imaginaire, elle nous représente sans nos masques pseudo-vertueux. Nous voyons au quotidien une tonne de gens vides et égarés chercher ce quelque chose qui semble toujours leur échapper. Et nous avons tous déjà croisé un homme d’affaires qui, absorbé par l’entente qu’il essaie de conclure au téléphone pour obtenir sa commission, ne voit plus rien autour de lui. Dans cette œuvre, l’homme d’affaires traîne un boulet à la cheville, qui représente la prison dans laquelle le capitalisme l’a enfermé. Comme cet homme, chacun des personnages représentés dans cette scène se dirige quelque part, mais aucun d’entre eux ne semble se demander où il va, ni surtout s’il n’aurait pas fait fausse route.

En observant cette peinture incroyable, des questions incontournables surgissent : notre vie a-t-elle un sens ? Si oui, comment le trouver ? Si l’on observe l’œuvre de droite à gauche, on remarque une transition entre les éléments. Il s’agit de la transition des anciens principes spirituels aux nouveaux principes matérialistes : du culte ancien des divinités que nous adorions à celui de l’argent et des valeurs mobilières qui les ont remplacées. À la droite de la peinture se trouvent deux édifices vétustes : un vieux temple cathare et, juste devant celui-ci, une église construite sur les ruines d’un vieux temple maya. Elle est construite sur ces ruines pour rappeler que les missionnaires catholiques espagnols ont usurpé les croyances et les pratiques spirituelles des peuples d’Amérique centrale et du Sud. Toujours devant le vieux temple cathare, deux dieux mayas dansent d’un pas furieux : ils ont été expulsés du temple sur lequel l’église a été construite. Quant aux gens qui leur vouaient un culte, et en qui ces dieux nourrissaient tant d’espoirs, ils sont en train de sombrer dans la décadence. Exaspérés, ces anciens dieux les poussent vers le gouffre qu’ils ont choisi : celui de la cupidité.

Vers la gauche de la peinture se trouve un édifice qui ressemble à la vieille Banque d’Angleterre de Londres. Ce qui est quelque peu ironique, c’est que cet établissement à l’architecture calquée sur celle d’un temple grec est le berceau du capitalisme. Devant ce faux temple se trouvent deux statues : hommage à la guerre, la première est flanquée de soldats et sert de pilier à une bombe H ; la seconde présente un lion décapité, symbole des systèmes politiques et des idéaux auxquels nous aspirions jadis. Et tout juste devant ces monuments se trouve un crapaud répugnant qui, tenant une horloge entre les mains et étant entouré d’une montagne de pièces d’or, est assis en plein sur la tête de lion décapitée. Le crapaud symbolise ici la mentalité capitaliste, selon laquelle la vie ne mérite que d’être consacrée et vouée à la recherche du profit. Quant aux anciens principes, il ne leur reste plus qu’à continuer d’embrasser le derrière du crapaud…

Au centre du paysage s’ouvre un magnifique sentier luxuriant bordé d’arbres et rayonnant d’une lumière douce et accueillante. Représentant la voie sacrée de la nature, ce sentier riche d’enseignements se trouve à la croisée des anciens principes et des nouveaux. Aux abords du sentier est assis un petit enfant qui observe les passants. Sans essayer de les suivre, il se demande néanmoins où ils vont. Ce petit garçon que l’on voit, c’est en fait un autoportrait de l’artiste lorsqu’il avait environ trois ans.

Sur le trottoir passe une foule de personnages qui nous sont familiers. Ici, ce qui est en surface représente le monde des apparences, autrement dit ce qui est accessible à la conscience. Par contre, ce qui réside dans les profondeurs aquatiques représente l’inconscient, là où se trouve la vérité. Chaque personnage foulant le trottoir a son homologue dans les profondeurs sous-marines, soit un requin ou une sirène. C’est dans ces dernières que réside la nature profonde de chaque passant. À la droite de la peinture, un policier antiémeute veille à ce que le lot qu’il escorte ne déroge pas aux nouveaux principes qu’il est chargé de faire respecter ; son équivalent aquatique, un requin couvert d’une armure, fait lui aussi régner l’ordre. Tout juste devant le policier marche une femme magnifique d’une inconscience et d’une vanité déconcertantes ; son pendant subaquatique, la sirène au-dessous du requin couvert d’une armure, nage les yeux clos : d’un égocentrisme pur, elle fait également preuve d’un aveuglement volontaire total. Devant la femme marche le juge, magistrat à l’origine des règles de ce nouvel ordre mondial, et qui est chargé de les appliquer ; son homologue sous-marin, un requin, s’apprête à tabasser une pauvre petite méduse à coups de maillet.

 Ensuite, par la bouche d’égout adjacente au juge, on voit le seul récalcitrant du lot se faire empaler par une sirène. Hélas ! il n’a pas compris que les anciens principes sont révolus ! Devant eux marchent un politicien et son adjointe. Cet homme a beau devoir guider le peuple et le convaincre que tout va pour le mieux, ce qu’il dit à son adjointe semble beaucoup inquiéter cette dernière. Mais qu’importe, elle reste à ses côtés. L’équivalent aquatique du politicien, c’est le requin qui, malgré son badge « Votez », dévore la jambe d’un de ses électeurs. L’homologue sous-marin de l’adjointe, c’est la sirène au look séducteur qui se cramponne d’une main à la nageoire du requin, et de l’autre à son corps. Puis, dans le coin inférieur gauche de la peinture, figure une sirène au charme sensuel qui est assise sur un lit rempli de perles et se regarde dans un miroir à main. Jadis symbole de fertilité, les perles en sont  devenues un de glorieux excès. Mais plutôt que d’être le pendant de l’enseignant ou du brigadier, cette sirène ne serait-elle pas le nôtre ?

peintre surréaliste
LE CULTE DU NÉANT - 2007

IMAGES EN VEDETTE

En somme, les personnages en surface se dirigent tous vers la banque sans savoir pourquoi et sans se soucier des répercussions. Faisant figure d’exception, le seul personnage neutre de cette peinture, c’est le petit garçon assis à la croisée des anciens principes et des nouveaux. Si ce petit esprit encore libre n’a aucun pendant souterrain, c’est parce qu’il est authentique… et qu’il résiste au culte du néant.

LE CULTE DU NÉANT - LE PROCESSUS

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada