SÉRIE ANDURUNA pAr jean pronovost

Lorsqu’en haut le ciel n’était pas encore nommé,
Qu’en bas la terre n’avait pas de nom,
Seuls l’Absu primordial qui engendra les dieux,
Et Tiamat qui les enfanta tous,
Mêlaient leurs eaux en un tout.
Nul pâturage n’avait encore poussé
Nul roseau n’était visible,
Alors qu’aucun des dieux n’était apparu,
N’étant appelé d’un nom, ni pourvu d’un destin,
En leur sein, des dieux furent créés

Tirant sa source d’Enuma Elish — épopée babylonienne de la création —, cette série de peintures nous emmène jusqu’au plus profond des eaux originelles, là où les dieux primitifs naquirent, et résident. Gravée sur des tablettes, l’épopée se déroule au sein des eaux tourbillonnantes d’Absu, dieu primitif personnifiant les abîmes d’eau douce, et de Tiamat, qui elle personnifie les océans d’eau salée. Nous sommes à une époque antérieure à la formation du ciel et de la terre, une époque où ces éléments n’avaient donc pas de noms, puisque seuls les tout premiers dieux existaient. Représentés comme des créatures marines primitives s’apparentant à des méduses, ces dieux flottent dans un vaste et sombre domaine aquatique appelé Anduruna. Dotés de bioluminescence, ils éclairent l’obscurité d’une magnifique lumière mystique. Fascinante, cette luminescence rayonnante donne, d’une part, une idée de la grande force qui émane de ces dieux, et de l’autre, un contraste saisissant avec l’obscurité des profondeurs marines, contraste qui évoque le cycle de la vie et de la mort. Bien qu’étant l’antithèse cosmique des cieux ainsi qu’une version sombre de la Terre, le monde souterrain est aussi nécessaire à l’univers et au reste de la Création que ces derniers. Noires comme du jais et s’étendant à perte de vue, les eaux primitives constituant l’arrière-plan de cette série de peintures nous donnent un aperçu des tout premiers moments de la Création. C’est au cours de ces moments que surgissent la lumière et l’obscurité… et que la vie et la mort se manifestent avec l’apparition des premières formes de vie.

artiste peintre quebec
SÉRIE ANDURUNA - 2001

KINGU (ou QINGU)

Huile sur bois, 2001, 66 x 50,5 cm

Dans l’obscurité totale du fascinant néant cosmique se trouve Kingu, dieu teint d’orange luminescent et dont les proportions sont colossales. Absu, son père, est victime d’un meurtre sanglant. Furieuse et désirant se venger, Tiamat, sa mère, rassemble une puissante armée afin de combattre les dieux à l’origine du meurtre de son parèdre.
Le commandement de cette armée, elle le donne à Kingu, qui régnera sur tous les dieux s’il remporte cette guerre. Mais tout ira de travers, à tel point que, considérés comme une trahison, les gestes de Kingu et de Tiamat leur vaudront la mort. Le corps de cette dernière sera fendu en deux parties, desquelles naîtront le ciel et la terre. Quant à Kingu, on mêlera son sang à de l’argile et à la salive des autres dieux pour façonner l’humanité. Puis, contraint de s’exiler dans le monde souterrain, ce dernier y errera aux côtés des divinités qui s’étaient coalisées avec Tiamat.

artiste québécois

NINURTA

Huile sur bois, 2001, 66 x 50,5 cm

Des profondeurs du vaste abîme primordial apparaît Ninurta, grand dieu luminescent teint de lavande et de notes de rouge. Ces couleurs apaisantes et son grand corps souple ont beau lui conférer l’allure d’un doux géant, il n’a en réalité rien de tel, puisque Ninurta est le dieu de la guerre, de la chasse et du vent du sud. Fils d’Ellil et de Ninhursag dans certains récits, ou d’Ellil et de Ninlil dans d’autres, il est souvent représenté comme une divinité guerrière belliqueuse qui privilégie la force à l’intelligence. De plus, par son mariage à Gula, déesse de la guérison, il est souvent associé à la protection et à la régénérescence. Dans une des épopées où il figure, Ninurta, seul à oser défier Anzû, l’oiseau-tempête qui a dérobé les tablettes du Destin, parvient à les récupérer et à les ramener à bon port.

DAMKINA (VENDUE)

Huile sur bois, 2001, 90 x 60 cm

Divinité majestueuse et lumineuse, Damkina se déplace avec grâce dans le vaste royaume d’Anduruna. Mère du grand dieu Marduk — un des plus importants et puissants personnages du poème épique de la création —, cette déesse est également la parèdre d’Ea, démiurge qui est en outre dieu des eaux douces et de la sagesse.
artiste contemporain quebec

DURANKI (ou EKUR)

Huile sur bois, 2001, 79,5 x 60 cm

Magnifique joyau s’apparentant à une émeraude brillante, Duranki illumine les profondeurs des eaux primitives d’Anduruna. Épithète d’Ellil, le nom « Duranki » — Montagne, mais plus pertinemment Maison-lien du Ciel et de la Terre — est également donné à la tour étagée du temple de ce même Ellil, érigé dans la ville de Nippur. Quant au nom « Ekur », il signifie Maison-montagne en sumérien. Mais en définitive, « Ekur » et « Duranki » désignent tous les deux le centre de la planète et le lieu où s’unissent ciel et terre

ERESHKIGAL

Huile sur bois, 2001, 61 x 51 cm

Entité éthérique et mystérieuse, la grande Ereshkigal nage dans les profondeurs cosmiques de ces vastes étendues d’eau. Déesse des morts et reine du monde d’en dessous, elle est d’une puissance et d’une présence imposantes.

Elle réside dans Kurnugia (traduction approximative : Terre du non-retour), vaste domaine souterrain baignant dans l’obscurité, et qui se trouverait au-dessous des Montagnes du  Levant. Elle règne sur les âmes depuis Ganzer, son palais, qui est d’ailleurs établi à l’entrée du monde d’en dessous.

artiste visuel Québec

ELLIL (ou ENLIL)

Huile sur bois, 2001, 60,5 x 50,5 cm

Avec ses nuances de rouge vif et de pourpre luminescent, le corps surnaturel d’Ellil éblouit l’obscurité de ces profondeurs primitives, Fils du dieu céleste Anu, il est le dieu du vent et des tempêtes. Figurant parmi les plus puissantes des premières divinités, Ellil est adoré en tant que dieu suprême jusqu’à l’ascension de Marduk.

Aux côtés d’Ea et d’Anu, Ellil forme une triade qui gouverne les cieux, la terre et le monde souterrain. De son père, il hérite la tâche titanesque de conserver les tablettes de la Destinée, sur lesquelles est d’ailleurs gravé le sort des dieux et de l’humanité. Par ailleurs, Ellil est le seul à avoir directement accès à Anu, les êtres humains qui espèrent obtenir une faveur de ce dernier devant plutôt adresser leurs prières à des dieux mineurs, qui les redirigent ensuite à Ellil afin qu’elles se rendent à son père.

ANSHAR

Huile sur bois, 2001, 66 x 50,5 cm

Dieu céleste, Anshar (An : « ciel »; shar : « horizon ») s’apparente dans cette peinture à une lanterne luminescente flottant dans l’obscurité primitive. Il est le petit-fils d’Absu et de Tiamat, les tout premiers démiurges, et le parèdre de Kinshar (Ki : « terre »). Ensemble, Anshar et cette dernière sont les dieux de la dimension céleste et terrestre de tout l’horizon. Dans l’épopée mythologique de la création, on raconte qu’après avoir pris connaissance des intentions de guerre de Tiamat, Anshar envoie d’abord Ea pour les réprimer. Ce dernier ayant lamentablement failli à la tâche, une assemblée a lieu pour remédier à la situation.

De cette assemblée naît le consensus qui fait de Marduk le plus grand et le plus puissant des dieux. Ce dernier part ensuite affronter Tiamat et son armée, affrontement duquel il sortira vainqueur.

artiste visuel

Ningirsu

Huile sur bois, 2001, 60,5 x 50,5 cm

D’un aspect primitif et d‘un rouge bioluminescent dans cette peinture, Ningirsu (« Seigneur de Girsu »), originellement interprété comme dieu sumérien de la guerre, est la divinité tutélaire de la cité-État de Lagash. De plus, il est non seulement l’équivalent agraire du dieu du tonnerre et des pluies printanières, mais également le dieu du labour.

À l’origine, Ningirsu est représenté sous forme de gigantesque oiseau noir léontocéphale qui, planant dans le ciel avec ses ailes déployées, crie d’une voix tonnante, d’où le fait que cette divinité soit associée au tonnerre. Fils d’Ellil et de Ninlil, il est le parèdre de Bau, reine de Nippur. D’ailleurs, dans cette ville, on soulignait le temps des labours en organisant le grand festival de Gudsisu en l’honneur de Ningirsu.   

ABSU (ou APSÛ)

Huile sur bois, 2000, 81 x 60 cm

Créature s’apparentant à un gigantesque et majestueux protozoaire de l’ère primitive, Absu, dieu des eaux douces, règne en maître au sein de l’obscurité cosmique d’Anduruna. Son épouse Tiamat et lui constituent les tout premiers dieux ; ils mêlent les eaux douces (Absu) et les eaux salées (Tiamat) pour donner lieu à la Création, c’est-à-dire pour engendrer des générations de divinités et, plus tard, les éléments de la Terre. Mais bientôt, la grande turbulence de leurs progénitures perturbe la tranquillité dont jouissent ces dieux, qui en sont irrités. Absu en vient à vouloir se débarrasser d’elles, mais Tiamat se montre réticente à emboîter le pas, car après tout, il s’agit de ses progénitures. Absu — qui d’ailleurs est l’un des protagonistes de l’Enuma Elish — finit par être tué par son fils Ea, événement à l’origine de la guerre menée par Tiamat contre les autres dieux.

artiste peintre quebec

DUMUZI

Huile sur bois, 2001, 90 x 60 cm

D’une présence indéniable au sein de ces caverneuses et abyssales profondeurs, Dumuzi brille d’une magnifique lumière émanant du centre de son corps. Dieu des bergers et de la fertilité, il est le frère de Geshtinanna et le parèdre de la déesse Ianna. En guise d’héroïsme, il prend la place de cette dernière dans les Enfers après qu’elle y est enfermée puis tuée par Ereshkigal.

Geshtinanna s’offrant pour remplacer Dumuzi en ce lieu, ils finissent par y demeurer chacun une moitié de l’année, d’où l’alternance des saisons qui se produit dans notre monde.

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada