LA LLEGADA DE LOS ANTEPASADOS

2017
Acrylique sur toile
91 x 137 cm.

LA LLEGADA DE LOS ANTEPASADOS pAr jean pronovost

Envoûtante et mystique, La llegada de los antepasados (traduction approximative : Le retour des ancêtres) est inspirée d’un voyage au cœur d’un vieux temple Chavín du Pérou. Cette peinture présente une scène fantastique où figurent une momie d’Afrique et une autre d’Amérique du Sud. Elles vécurent à une époque où le partage de connaissances et les échanges commerciaux se faisaient entre autres par la grande route maritime qu’était l’océan. Fait étonnant, on a récemment découvert des feuilles de coca — agent de conservation naturel — sous les bandelettes de certaines momies égyptiennes. Or, on ne cultivait pas cette plante en Égypte, ni dans le reste du continent africain d’ailleurs. Serait-il donc possible qu’il y a plus de 2500 ans, ces deux civilisations étaient en contact et s’adonnaient à des échanges commerciaux ? Cette énigme a de quoi stimuler l’imagination.

Par son symbolisme, cette peinture évoque par-dessus tout le passage initiatique de l’être et sa transformation. Les civilisations précolombiennes et les dynasties égyptiennes construisirent d’impressionnants temples aux structures complexes. Par exemple, les temples sacrés des Chavíns sont érigés sur des fondations établies dans les profondeurs de la terre, composés de quatre ou cinq niveaux de construction et, à l’intérieur, consistent en un dédale de labyrinthes, de corridors et de chambres : tout cela à une époque dépourvue des outils et de la machinerie d’aujourd’hui. D’une obscurité absolue, les tunnels des temples étaient souvent le lieu de rites initiatiques aux mystères de la vie et de la mort, ce qui était bien à propos puisque ceux qui prenaient part à ces cérémonies devaient arriver à surmonter leur peur de l’obscurité et de l’inconnu. Pour rehausser l’ambiance dans ces tunnels, on faisait circuler l’air à débit élevé par des conduits de ventilation, ce qui produisait une sonorité mystérieuse et effrayante. Au bout du labyrinthe attendait le Lanzón, magnifique sculpture au pouvoir divin absolu ayant été créée avant même le temple. Cette sculpture marquait la fin du rite de passage. Ce dernier était réussi dans la mesure où l’on s’était libéré de notre ancien soi, cette transformation spirituelle nous donnant entre autres accès à une plus grande compréhension du cycle de la vie et de la mort.

On remarque que la momie égyptienne et la momie inca présentées ici sont entourées d’une entité spirituelle éthérique, une créature zoomorphe qui, sous forme de vision, accompagne ceux qui parcourent le labyrinthe. Quoiqu’un peu effrayante, cette entité ancienne se veut un guide pour passer au travers de tout le processus. Ainsi, le monde souterrain est lié à celui des vivants, de même qu’au cycle naturel de la vie. Ornée d’iconographies des Chavíns, cette entité surnaturelle au corps de serpent et à tête et pattes de jaguar symbolise la terre, de même que le profond besoin d’introspection de l’être humain pour éclairer sa vision des choses, acquérir de la sagesse ainsi que les moyens de guérir de ses maux. Le serpent baigne dans l’obscurité lorsqu’il se trouve dans les profondeurs souterraines, et dans la lumière lorsqu’il revient à la surface. Le jaguar, lui, est le prédateur par excellence des forêts. Jour comme nuit, il se déplace avec autant d’aisance au sol que dans les arbres. Ainsi, cette entité zoomorphe et immatérielle infuse les deux momies de son énergie, ce qui noue un lien de proximité entre elles. D’ailleurs, des gravures iconographiques reproduisant de manière assez fidèle cet animal au caractère spirituel recouvrent les parois rocheuses du temple.

Au centre de la peinture, on voit, à l’arrière-plan, de la lumière pénétrer abondamment par une ouverture, ce qui représente le passage de l’initié vers la maturité et la connaissance. On remarque aussi qu’à la hauteur de la tête de la momie égyptienne, qui d’ailleurs donne l’impression de faire la conversation à l’autre momie, se trouve un portail à peine éclairé, qui symbolise la possibilité de cheminer vers une sagesse nouvelle et un regard nouveau sur le monde. On remarque en outre que la momie inca porte une magnifique couronne de plumes qui représente la dimension spirituelle, et elle est couverte d’or brillant symbolisant le soleil. Il faut dire cependant qu’il n’était pas habituel, ni chez les Égyptiens ni chez les Incas, d’abandonner leurs momies à leur sort : on les plaçait en fait dans une chambre expressément aménagée et on les vêtissait d’un habit cérémonial. Une fois par année, les Incas se prévalaient de la compagnie de leurs défunts en les installant parmi les vivants. Le reste du temps, les momies étaient tenues en lieu sûr, soignées et même nourries. Ainsi, pour ces anciennes civilisations, et pour bien d’autres aussi, la vie ne s’arrêtait pas à la mort.

            Symboles de transformation du soi et du passage de la vie à la mort, les temples et les labyrinthes sont encore à même de nous faire prendre conscience des liens qui unissent le monde des vivants et le monde souterrain. Ces momies empreintes de sagesse ne peuvent être considérées comme mortes, car elles en sont tout simplement à l’étape suivante de la vie.

artiste mythologique
LA LLEGADA DE LOS ANTEPASADOS - 2017

IMAGES EN VEDETTE

LA LLEGADA DE LOS ANTEPASADOS - LE PROCESSUS

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada