GREENPOINT, BROOKLYN

2005
Huile sur bois
60 x 89,5 cm

GREENPOINT, BROOKLYN pAr jean pronovost

Abordons cette peinture en nous mettant dans la peau d’une personne qui, deux mille ans après notre ère, explore les vestiges d’une cité perdue. Parmi les vignes et les arbres surdimensionnés apparaissent de grands édifices en béton et en acier qui sont tout rouillés et délabrés. Sur le chemin est abandonnée une vieille carrosserie automobile à peine perceptible au travers du feuillage qui la recouvre, et dont le toit a été défoncé par un arbre qui croît de manière inexorable. Tout près de cette dernière se trouve un réverbère, également recouvert de végétation. Et sous les buissons, l’herbe et les fleurs que l’on aperçoit sont sans doute enfouis d’autres artéfacts de notre civilisation qui ont été décomposés par la nature, dont, qui sait, un panneau « New York City », quelques cannettes de boissons gazeuses et quelques bancs de parc. Même si beaucoup de splendides artéfacts parsèment encore ce lieu qui fut jadis une ville dynamique, ce que l’on voit surtout, c’est ce qui reste des structures de fer ou de brique de bâtiments s’étant détériorés, écroulés et ayant succombé aux forces de la nature. Après avoir été témoin de toutes ces choses, que retiendriez-vous de notre culture si l’explorateur de ce coin de New York, c’était vous ?

Cette peinture imaginative nous emmène dans un avenir possible en nous mettant dans la peau d’une personne qui explore le voisinage de Brooklyn autrefois appelé Greenpoint. Les habitants ont quitté les lieux ou sont peut-être même disparus. Ce qui reste, contrairement à l’horrible et désespérante vision apocalyptique que le cinéma nous présente, c’est un lieu rayonnant de soleil qui est recouvert d’arbres et sillonné de rivières. À l’instar des anciennes cités mayas, égyptiennes, romaines et grecques, New York sera un jour désertée pour ensuite s’écrouler et retourner à la terre. Cependant, ces très anciennes civilisations ont bâti leurs monuments avec du marbre et de la pierre, matières organiques résistantes et infiniment durables. Par comparaison, nos constructions urbaines ne semblent faites que pour tenir un siècle, voire moins encore, ce qui donne à penser que les gratte-ciels et les édifices modernes que nous bâtissons aujourd’hui retourneront beaucoup plus rapidement à la terre que les monuments de ces anciennes civilisations. Ainsi, même l’emblématique Empire State Building finira par être recouvert de végétation et enseveli par cette dernière.

À la gauche et à la droite de l’arrière-plan se trouvent des édifices urbains abandonnés et en détérioration. Ils sont pénétrés et recouverts d’arbres qui croissent inexorablement vers le soleil. Le long de la rivière se trouve un chemin sinueux, accidenté et foisonnant de feuillage et de fleurs qui a recouvert un trottoir en béton et un tas d’objets abandonnés. Débordante de vie, la rivière sillonne d’un doux bruissement ce lieu qui fut jadis une mégapole agitée. Le ciel est paisible, et les nuages sont rehaussés des couleurs du magnifique coucher de soleil. Ainsi, cette ville autrefois extrêmement peuplée est maintenant recouverte de végétation luxuriante et pleine de vitalité. La nature a enfin fait de Greenpoint un lieu véritablement vert!

Vous ne l’avez peut-être pas senti, mais le titre de l’œuvre est chargé d’ironie, puisque Greenpoint est une ville industrielle presque entièrement dépourvue d’espaces verts et de paysages naturels. Son front de rivière est surtout jonché de débris de construction et couvert d’entrepôts barbouillés de graffitis. Ainsi, même si ce lieu finira sans doute par s’embourgeoiser et se recouvrir de copropriétés de luxe et de centres commerciaux, son nom demeurera trompeur.

peintre montreal
Greenpoint, Brooklyn - 2005

IMAGES EN VEDETTE

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada