Bronze
L’ÎLE DE PLASTIQUE
Dans cette nouvelle galerie dédiée uniquement à la sculpture de Bronze, le sculpteur Jean Pronovost vous présente la sculptureL’ile de Plastique; réalisée originalement en grands formats elle figure ici dans une taille réduite et adaptée pour la sculpture de Bronze. Les plus importantes œuvres sculpturales du sculpteur Jean Pronovost sont maintenant disponibles en édition limitée de 8 et sont toutes signées et numérotées. La sculpture a une hauteur de 42 centimètres de haut et un poids variant autour de 35 livres.
Le bronze est un alliage dont la composition est supérieure à 80 % de cuivre et d’étain, dont la quantité reste le plus souvent inférieure à 20 %. Une sculpture en bronze de Jean Pronovost durera pratiquement éternellement. Les propriétés de ce matériel noble sont telles que des bronzes ont été récupérés intacts dans des épaves de navires et dans les ruines enfouies d’anciennes civilisations. Les vrais bronzes résistent même aux incendies violents et ne rouille qu’en surface et n’ont besoin que d’un peu de sablage et de patine pour être comme neufs. Une sculpture de Bronze devient ainsi une œuvre d’art qui peut être léguée de génération en génération pour des millénaires…
IMAGES
On ne saurait rendre justice à cette sculpture en ne la qualifiant que d’extraordinaire, puisque chaque parcelle de cette œuvre contient une infinité d’aspects et de messages sur lesquels méditer. Il s’agit d’une œuvre où coexistent belle et bêtes et qui, comme toutes les grandes allégories, tente de nous transmettre quelques leçons importantes par le récit qu’elle véhicule.
Au centre de L’île de plastique se trouve une femme dont la quantité de références symboliques n’a d’égale que celle de déchets amoncelés dans son ventre. Impossible donc de fermer les yeux sur cette magnifique femme pleine de déchets et d’apathie, ou de ne pas en rester marqué, puisqu’elle symbolise autant notre présent que notre avenir : tous deux croulent sous le poids de la corruption, de forces mortifères et de déchets aussi clinquants que toxiques. Le choc terrible entre le monde naturel et artificiel de l’homme que cette sculpture représente devrait attirer notre attention sur deux faits : que le pire pourrait être à venir, mais qu’en même temps, tout n’est pas perdu. Du moins pour la nature et sa faune, car même si nous sommes en train de les souiller et de les contaminer, sort que nous nous faisons également subir, elles survivront à notre assaut et se vengeront.
À la base de la sculpture se trouvent des ossements massifs de baleine, qui comme on le sait est le plus grand des mammifères marins. C’est à dessein que ces ossements servent de piédestal à la femme, puisqu’ils évoquent ainsi la tragédie de la baleine, qui à cause du mode de vie de cette espèce humaine minuscule par comparaison, est prématurément en voie de disparition. Sont également mis en scène un héron, une grenouille et un canard recouvert de pétrole. Victime des mutations génétiques causées par son environnement empoisonné, le héron n’a pas deux, mais trois pattes. Preuve vivante des terribles répercussions de la surutilisation de matières plastiques ainsi que de produits chimiques et pharmaceutiques, le héron, tout comme nous, s’entête à consommer à sa guise sans se soucier de savoir de quoi il retourne. Et pourtant, c’est ce je-m’en-foutisme même qui est à l’origine de l’altération pathologique de son corps. La grenouille, elle, est une créature au symbolisme particulier, dans la mesure où elle représente aussi bien la force que la fragilité. C’est entre autres en se fiant à l’état de la grenouille que l’on comprend que son environnement se détériore. En effet, lorsque les eaux dans lesquelles elle vit sont polluées, la grenouille est le premier organisme victime d’anomalies génétiques, et le premier à disparaître. Remarquez cependant que la grenouille figurant dans la sculpture résiste aux assauts du héron : sa résistance symbolise la persévérance de la nature. La grenouille a beau sembler insignifiante, elle peut néanmoins en imposer autant que cette dernière. Ainsi, que l’on ne s’imagine pas être l’espèce la plus évoluée de la nature, car celle-ci n’en a que faire : on a beau continuer à évoluer malgré notre comportement destructeur à son égard, sa supériorité l’empêchera de succomber et la fera foisonner de nouveau lorsque nous serons disparus. Quant au canard recouvert de pétrole, il symbolise parfaitement à quel point l’émancipation de notre espèce se fait au détriment de la nature. Autrement dit, on s’en balance des hérons, des grenouilles, des canards, des lacs et des océans : nos voitures ont besoin d’essence, point ! On remarque par ailleurs des poissons mutants pris dans le filet de pêche, qui s’étend d’ailleurs du dessous de la base jusqu’au sommet de la sculpture. Parmi ces poissons, certains sont bicéphales et d’autres ont trois paires de nageoires, signes de l’altération pathologique de leurs caractéristiques naturelles. Ce qu’il faut saisir ici, c’est qu’en polluant avec autant d’insouciance, nous n’avons pas remarqué les dégâts que nous avons causés aux créatures aquatiques. Résultat : elles évoluent et se transforment au même rythme que nous. Aussi, même si la femme semble prise dans le filet contre son gré, ce que le symbolisme ambiant communique, c’est qu’elle est elle-même à l’origine de sa capture. C’est donc dire qu’elle est victime de sa propre ignorance et de ses propres excès. À en juger par ses yeux clos cependant, elle fait délibérément fi des répercussions de ses gestes. De plus, à en juger par sa pose marquée par la soumission, on en déduit qu’elle préfère tout simplement être belle, s’enivrer et croire à tort qu’elle est au sommet de la pyramide alimentaire. Qu’elle soit prise semble lui importer peu.
Cette femme subit également des mutations physiques, comme en font foi les écailles d’esturgeon recouvrant une partie de ses hanches et de ses cuisses. Que ces écailles apparaissent en guise de mutations sur un corps humain a de quoi faire voir toute l’étendue des forces de la nature et de son pouvoir, puisque l’esturgeon, qui a survécu à des ères glaciaires et à de nombreuses catastrophes naturelles, est un poisson préhistorique. Ainsi, la nature saura surmonter nos assauts, puisque notre espèce ne lui est pas supérieure : elle en fait simplement partie. Dans la même région du corps de la femme, un sac de plastique est attaché autour de la hanche et de l’aine droites. À l’intérieur de l’abdomen se trouvent une variété d’objets essentiels à notre mode de vie et à notre sens esthétique actuels, objets réduits ici à l’état de déchets : pots de maquillage, parfums en bouteille, flacons d’antidépresseurs vides, un téléphone cellulaire et du répulsif à moustique. Une bonne partie de ces déchets se trouve dans le ventre, lieu symbolique de la naissance et du lien nourricier désormais rempli de contenants à usage unique et de substances consommées pour s’évader. Fruit de notre consommation de masse, ces créations humaines détruisent le cycle de vie de toutes les créatures, de tout ce qui a le malheur de croiser notre chemin.