POUR LA QUÊTE DE L’OR NOIR

2008
Huile sur bas-relief de résine et de bois
122 x 163 cm

POUR LA QUÊTE DE L’OR NOIR pAr jean pronovost

Tragique et effrayante, cette peinture met en scène un lieu où d’épaisses colonnes de fumée noire toxique emplissent le ciel, et où de violentes flammes brûlent d’un puits de pétrole à l’autre. De cette scène embrasée et accablante, il en ressort une impression des plus suffocantes. De plus, la crainte de  finir brûlés nous assaille de toute part. D’une certaine manière, ce lieu se veut l’enfer sur terre, un enfer que nous avons créé à force de quêtes et de luttes de pouvoir. En plus d’avoir dépouillé la nature de toute sa beauté, nous l’avons vidée de ses richesses et de ses ressources. Ce faisant, nous l’avons polluée, altérée et ravagée pour la rentabiliser. Mais maintenant, nous préférons mettre le feu à nos puits de pétrole plutôt que de laisser l’ennemi s’en emparer ; nous préférons sacrifier des vies humaines plutôt que de céder par la négociation ne serait-ce qu’une parcelle de territoire. S’il nous fallait adopter une devise, ce serait certainement « Le pouvoir ou la mort ». Ainsi, l’enfer, pas besoin de nous l’imaginer : nous l’avons sous les yeux.

Cette peinture évoque la guerre du Golfe, au cours de laquelle Saddam Hussein mit le feu à de nombreux puits de pétrole alors que les troupes américaines se rapprochaient de l’Irak. Notons que ce pays fait partie du Croissant fertile, au même titre d’ailleurs qu’Israël, les Territoires palestiniens, la Syrie, le Liban, l’Égypte, la Jordanie, les franges du sud-est de la Turquie ainsi que celles de l’ouest de l’Iran. C’est au sein du Croissant fertile — considéré comme le berceau de la civilisation — que l’être humain et les premières manifestations de la culture sont apparus, de cette région qu’émanent les origines de la Bible chrétienne, là aussi où se trouvait vraisemblablement le jardin d’Éden et que Jésus serait né : il s’agit donc d’un lieu sacré. N’empêche que depuis des millénaires, des guerres sanglantes y sévissent.

Au premier plan de cet immense brasier se trouvent deux dieux zoomorphes au corps d’humain et à la tête et aux pattes de lion. Représentations de la lutte de pouvoir entre l’Occident et l’Orient, ces dieux tiennent chacun deux objets symbolisant le pouvoir et la violence : de leur main abaissée, un sceptre, et de leur main élevée, une dague. Jeunes et forts, ils sont prêts à tout pour s’emparer de nouveaux territoires et s’approprier la suprématie. Notons toutefois que la signification qui leur est attribuée ici diffère quelque peu de celle qui leur est habituellement donnée : au sein des croyances des peuples mésopotamiens et de l’Arabie préislamique figuraient des créatures surnaturelles aux pouvoirs bénéfiques et maléfiques, en l’occurrence les djinns (génies), les anges et les démons. Bienfaisants, les djinns avaient néanmoins des caractéristiques en commun avec les démons. Pour mieux en comprendre le pourquoi, on peut songer au proverbe selon lequel il faut combattre le mal par le mal, ou bien penser aux gargouilles installées à l’extérieur de certaines églises. On invoquait donc la partie maléfique des djinns pour combattre le mal. Ici, ces divinités zoomorphes — néanmoins assoiffées de pouvoir —  personnifient justement les djinns. Mais plus précisément, elles sont un reflet de nous-mêmes, du combat que nous menons dans l’espoir de nous libérer de notre capacité à faire le mal pour réussir à nous élever. Cet état d’esprit maléfique, c’est dans le monde politique que nous en voyons parfois les plus fortes manifestations. Nous avons beau voter pour faire élire des gens censés nous représenter, ces derniers finissent toujours par nous entraîner dans des conflits. Il y a donc lieu de dire que ces gens, bien qu’élus par la voie démocratique, ont plus souvent qu’autrement un esprit maléfique.

Il est pertinent de traiter ici de quelques références symboliques se trouvant au sein de cette peinture frappante. La première référence saute aux yeux : c’est celle de l’or noir, donc du pétrole et de son rôle prépondérant dans nos sociétés. Il est l’un des moteurs de notre économie, et on n’en compte plus les produits dérivés d’usage courant. La deuxième référence se trouve à même les dieux : ils sont faits d’or, l’un des métaux les plus recherchés et les plus précieux de la terre. À l’instar du Veau d’or de Moïse, nous avons fait de ce métal une fausse idole : nous vivons sous l’étalon or et nous nous prosternons devant les richesses que ce métal représente. On remarquera néanmoins que ces deux figures ont un aspect terni, lequel nous ouvre justement à l’appréciation de la troisième référence symbolique : si ces figures sont ternies, c’est parce qu’elles ont été patinées avec du goudron — encore un dérivé du pétrole — pour illustrer la corruption de ces dieux tout dorés… et de notre sens moral lorsque nous nous embarquons dans notre quête de pouvoir.

art visuel contemporain
POUR LA QUÊTE DE L’OR NOIR - 2008

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POUR LA QUÊTE DE L’OR NOIR - LE PROCESSUS

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada