Sculpture
L’APPEL DES PROFONDEURS
«Il existe des créatures qui semblent émerger non de l’imagination, mais des profondeurs d’un passé oublié.»
Comme si elles avaient toujours attendu sous la surface des eaux, enfouies dans la mémoire des mythes, jusqu’au moment où la main d’un sculpteur leur permet enfin d’émerger.
Avec cette nouvelle sculpture de sirène grandeur nature, le sculpteur québécois Jean Pronovost donne corps à une présence à la fois ancestrale et troublante : une sirène née entre le fleuve et la mer, entre la légende et la matière. Réalisée en bronze, résine, fibre de verre et acier, cette sculpture contemporaine s’impose comme une apparition silencieuse où la figure humaine devient le lieu d’une métamorphose.
Inspirée à la fois par Iara — la mystérieuse Mãedas Águas des légendes du Brésil — et par les Sirènes d’Homère dans L’Odyssée, l’œuvre fait dialoguer deux grandes mythologies de l’eau, élément fondamental des récits de création. Celle du fleuve, liée au secret, à la séduction et à la transformation, rencontre ici celle de la mer, du chant et de la connaissance interdite.
Mais dans cette interprétation sculpturale contemporaine, le mythe bascule.
Ulysse ne survit pas.
Celui qui, jadis, avait résisté au chant des Sirènes en se faisant attacher au mât de son navire apparaît ici vaincu. À l’arrière de la sculpture, son corps repose, prisonnier de l’axe du mât — symbole de l’esprit, de la volonté et de la raison humaine. Les crabes ont élu domicile sur ses restes, tandis qu’ils se mêlent également à la longue chevelure de la sirène, parsemée de coquillages.
Autour d’eux, les vestiges du navire qui a sombré dans les profondeurs. Deux amphores brisées, autrefois remplies de vin, reposent parmi des coraux en voie d’extinction et les fragments de la coque échouée. La mer n’est plus ici un simple décor mythologique : elle devient mémoire, ruine et avertissement.
La sirène, quant à elle, s’appuie contre le mât incliné comme si elle dominait désormais ce que la raison humaine croyait pouvoir contrôler.
Cette nouvelle interprétation sculpturale de la sirène est également profondément inspirée par la légende d’Iara, la Mãedas Águas du Brésil. Au fil de plusieurs voyages en Amazonie brésilienne, Jean Pronovost a entendu ces récits transmis par les peuples autochtones, les pêcheurs et les Pajés rencontrés à des centaines de lieux de Manaus, dans l’État d’Acre près du fleuve Envira, ainsi que dans les jungles péruviennes et colombiennes. Partout, les mêmes histoires réapparaissaient sous différentes formes, racontées non comme de simples légendes, mais comme une réalité toujours présente, encore vivante aujourd’hui dans la mémoire, les croyances et les eaux profondes de l’Amazonie. Cette proximité avec les récits amazoniens imprègne la sculpture d’une dimension plus organique, spirituelle et troublante, où la frontière entre mythe et réalité semble disparaître.
Dans cette sculpture figurative, le chant devient silence. Le mouvement de l’eau se transforme en courbes, tensions et volumes. La résine sculptée permet une matière presque organique, sensible à la lumière, tandis que la fibre de verre apporte une légèreté apparente à cette présence pourtant imposante. Sous la surface, l’acier agit comme une ossature cachée maintenant l’équilibre fragile entre puissance et vulnérabilité.
La finition extérieure est réalisée en véritable bronze selon une technique développée par l’artiste. Cette approche confère à l’œuvre une peau dense et vivante, traversée par des nuances oxydées rappelant les profondeurs marines. Sa patine distinctive naît d’un travail minutieux combinant réactions chimiques, acides et multiples glacis de peinture. De cette rencontre entre matière, sculpture et geste pictural émerge une surface presque aquatique, où chaque reflet semble porter la mémoire du mythe.
À travers cette œuvre, Jean Pronovost — sculpteur contemporain à Montréal — explore la capacité de la sculpture à donner forme à l’insaisissable. La sirène devient alors une légende incarnée, une voix retenue dans la matière, une présence silencieuse où résonnent encore les eaux profondes d’Iara et l’appel éternel des Sirènes d’Homère.
IMAGE EN VEDETTE
Suspendue entre apparition et incarnation, sensualité et menace, cette sirène semble appartenir autant au rêve qu’au monde réel. Comme dans plusieurs sculptures grandeur nature de Jean Pronovost, le corps devient ici plus qu’une représentation : il devient un seuil. Un espace où le spectateur est invité à s’approcher, à contempler et à ressentir ce qui demeure invisible sous la surface des formes.
L’APPEL DES PROFONDEURS - LE PROCESSUS
À travers cette œuvre, Jean Pronovost — sculpteur contemporain à Montréal — explore la capacité de la sculpture à donner forme à l’insaisissable. La sirène devient alors une légende incarnée, une voix retenue dans la matière, une présence silencieuse où résonnent encore les eaux profondes d’Iara et l’appel éternel des Sirènes d’Homère.