LA BACCHANTE

2017

Bronze, résine & acier
56 x 76 x 190 cm

LA BACCHANTE PAR jean pronovost

La Bacchante évoque à merveille toute l’élégance de la Rome antique, de la base de la colonne à la magnifique nymphe presque nue qui, yeux clos et lèvres pulpeuses, affecte une pose exubérante et s’apprête à savourer des raisins en grappe. Hélas, aussi magnifique soit-elle, lorsqu’elle goûtera au ver caché dans la grappe à son grand insu, sa réaction ne sera pas mi-figue, mi-raisin : elle sera frappée d’horreur et de dégoût!

Prêtresses de Bacchus – Dieu romain du vin, de la vigne et des vendanges, de l’art et de la culture, de la fertilité, du renouveau printanier et des délires extatiques – les bacchantes sont des dévotes de son cortège. Elles ont l’habitude de se vêtir de peaux de renard et de danser jusqu’à la transe au son d’une musique tonitruante. En outre, elles sont adeptes de pratiques orgiaques. Au cours des rituels du culte de Bacchus, on peut entre autres les voir tourbillonner et danser en poussant des cris qui provoquent une extase et un enthousiasme sans cesse croissants, dans l’espoir de libérer ne serait-ce qu’un instant l’âme de son enveloppe terrestre pour être transportée jusqu’au Dieu romain. Ces rituels culminent sur des épreuves de force inusitées, dont le déracinement d’arbres ou le démembrement à mains nues de taureaux que l’on mange aussitôt. Après avoir adopté des Grecs cette fête annuelle, les Romains en vinrent à la célébrer plus fréquemment qu’eux et à la dénaturer. Ainsi, bien avant l’époque du sex, drugs and rock n’roll, il y avait celle du vin, de la danse, des orgies et de la gloutonnerie bestiale. Et dire qu’il s’agissait de rituels religieux !

Montée sur une colonne romaine, la Bacchante présente un visage aux traits caucasiens occidentalisés, reflet de nous-mêmes pour éveiller au fait que nous n’avons pas tiré de leçons des erreurs du passé. À l’instar du mode de vie extravagant des Romains, le nôtre nous entraîne peu à peu vers la décadence. La Bacchante tient du bout des doigts de la main gauche une grappe de raisins pourrissants dans laquelle se tortillent des vers, scène sur laquelle elle préfère fermer les yeux. Ainsi, elle fait preuve d’aveuglement volontaire devant tout ce qui pourrit l’existence. Deux couches de peau se superposent sur la Bacchante : la couche superficielle qui, bien qu’ornementée, est rongée par un processus de desquamation révélant une couche profonde oxydée. Le message saute aux yeux ici : pousser à l’extrême le souci de l’apparence — dont la chirurgie esthétique, les implants mammaires, les faux ongles et les faux cils ne sont que quelques exemples — au détriment de celui d’être une bonne personne est lourd de conséquences pour la société. La Bacchante à la peau squameuse et les raisins pourris symbolisent ensemble la transition bouleversante de Dionysos — dieu grec sous lequel vin et plaisirs étaient savourés avec les bienfaits de la modération — à Bacchus, dieu romain sous lequel régnait l’excès de ces choses ainsi qu’un sens esthétique superficiel.

L’oxydation du bronze et l’érosion sur la colonne symbolisent également l’effondrement de l’âge du bronze, dont nous ne semblons pas tirer de leçons puisque nous sommes en train de recorrompre notre être, notre esprit et nos pensées.

C’est à dessein que la sculpture de la Bacchante et celle de la Ménade, de même que leurs courants religieux respectifs, sont présentés dans un ordre contre-chronologique : il s’agit d’illustrer avec authenticité comment les Romains ont peu à peu transformé en événements décadents les rituels et célébrations grecs qu’ils ont adoptés, puis abandonnés aux vices de l’excès et de la débauche.

sculpture mythologique
LA BACCHANTE - 2012

IMAGES EN VEDETTE

LA BACCHANTE - LE PROCESSUS

  • Elle se décompose en deux parties, à savoir la colonne et le corps.
  • La tête et l’ensemble du bras porté en l’air sont soutenus par une armature en acier, le reste de l’intérieur demeurant creux afin de préserver la légèreté de la sculpture, qui par ailleurs est faite de résine renforcée avec de la fibre de verre.
  • – Elle aussi faite de résine renforcée avec de la fibre de verre, la colonne a été obtenue par coulage avant d’être traitée avec divers produits chimiques visant à texturer sa surface et à lui donner un aspect érodé et vieilli.
  • – Modelées et coulées afin d’obtenir un effet esthétique saisissant, les diverses couches de peau de la femme ont été réalisées dans l’ordre suivant : la couche profonde, la couche superficielle en desquamation, puis les ornements de sculpture. La chevelure a également été réalisée par étapes pour que les mèches et les éléments décoratifs comme les nattes et les bijoux produisent un relief esthétique.
  • Pour sculpter la chevelure ainsi que d’autres fins détails sur le corps, il a fallu se servir d’outils électriques et pneumatiques.
  • La sculpture a d’abord été enduite d’apprêt, ensuite recouverte de poudre de bronze véritable non polie, puis patinée pour lui conférer un aspect oxydé, et enfin vernie.

Sculpteur, muraliste, peintre, artiste et spécialiste de l’aérographe.

Montreal, Quebec, Canada

Ou appelez : 514 835 7438